L’abbé Félix Armand. D’après le livre du Souvenir de Tatiana Kletzky Pradère

Ce fils de carillonneur est né à Quillan le 29 août 1742; décédé le 17 décembre 1823, il consacra sa
vie à la création de la célèbre route de la Pierre-Lys.
Il fut honoré et aidé par Napoléon 1er et Louis XVIII.

Une belle histoire.

Pour aller de Saint-Martin-Lys à Belvianes, il fallait escalader la montagne du Quirbajou, par
dessus le « Roc Maudit » qui bouchait les gorges de l’Aude, ce qui coûtait une peine infinie et durait
parfois une journée entière. Souvent on voyait rouler au fond de l’abîme un homme et son mulet
chargé de quelques fagots de bois qu’il allait vendre à Quillan pour gagner le pain de sa famille.
Une cinquantaine de hameaux et de villages dont Sainte Colombe sur Guette, Roquefort de Sault,
Axat, Puilaurens, Marsa et tous ceux de la vallée du Rébenty et de la Boulzane connaissaient une
misère noire.

Félix Armand nommé vicaire à Quillan est obsédé par la souffrance de tous ces villageois isolés. Il
médite la maxime favorite de son père: « un travail opiniâtre triomphe de tout » et finit par concevoir
le projet grandiose d’un chemin qui libèrerait le pays, l’ouvrirait aux commerces, aux échanges et à
la civilisation.

Cédant enfin à ses instances, Monseigneur de Chantérac, évêque d’Alet ouvre pour lui la cure de
Saint-Martin-Lys, petit village oublié sur l’emplacement d’un ancien monastère où il s’installe enfin
en 1775.

Au bout d’une corde tenue par 3 de ses paroissiens, il descend dans le gouffre où il étudie les points
précis où sera le passage.
Pendant 6 ans, il va frapper à toutes les portes pour collecter l’argent nécessaire au financement des
premiers travaux.

Ensuite, au pic, à la pioche, à la pelle, tous les hommes des villages perdus unissent leurs efforts
sous les ordres du prêtre, durant 45 années!…
En 1781, le roc maudit, ultime barrage, est enfin vaincu. Un homme et son mulet feront désormais
en 1 heure le trajet d’à peine 2,5 km qui demandait plus d’une demi-journée, affrontant le vent fort
des hauteurs.

L’oeuvre colossale est enfin terminée. Les lettres enthousiastes pleuvent de toute la France: barons,
ducs, empereur et roi félicitent chaleureusement l’humble curé aux mains calleuses et déformées par
le travail.

D’autres pans de la montagne représentant des obstacles insurmontables à cette époque,
Le chemin ainsi creusé n’était accessible qu’à pied ou à dos d’âne par les trous du curé.
L’ouverture de cette nouvelle voie classée route départementale en 1930 eut une influence
considérable sur le développement de la région.

Source :http://www.patrimoine-quillan.com/felixarmand.htm

L’abbé Félix Armand était né, dans une famille pauvre, à Quillan (Aude), le 20 août 1742.
Grâce à la protection de quelques personnes riches, il fit des études complètes, à
Perpignan d’abord, puis à l’école de théologie d’Alet fondée par l’évèque Pavillon. Il fut
ordonné prêtre à Perpignan le 28 mai 1768.

Nommé vicaire à Quillan, son instruction, sa charité, le firent bientôt distinguer, et on ne
doutait point qu’il ne fût appelé à s’élever rapidement dans la hiérarchie sacerdotale. Mais
il était sincèrement éloigné de toute idée d’ambition ; il voulait faire le bien, se dévouer ; il
en cherchait l’occasion et il la trouva ; on la trouve toujours lorsqu’on le veut fermement.

Souvent, dans ses promenades, il remontait le cours de l’Aude jusqu’au pied des hautes
falaises de roche calcaire qui ferment la vallée ; il gravissait les pentes, et, au-delà, il
visitait les pauvres montagnards que ces roches gigantesques semblaient séparer de la
vie civilisée, et qui par suite avaient à souffrir autant de la misère que de l’ignorance ; il
résolut de se consacrer à eux et de les délivrer de leur triste isolement.

Il alla s’établir, comme curé, dans le petit village de Saint-Martin, voisin de la paroisse de
Belvianes, situé au pied des roches, à trois kilomètres de Quillan. De tous les services
qu’il rendit dans cette humble paroisse, celui que l’on peut considérer comme le plus
important est le tracé et le creusement d’un chemin à travers les rochers de Pierre-Lys.

Nous avons déjà fait connaître l’utilité, les difficultés de cette entreprise, et son succès.
L’abbé Armand, après avoir vaincu bien des obstacles, donna lui-même solennellement le
premier coup de pic au pied du rocher qui barrait l’entrée de la vallée ; cinq ans après, en
mai 1781, un étroit et tortueux sentier passait déjà à travers cette masse énorme. La
révolution interrompit la suite des travaux ; mais l’oeuvre fut reprise plus tard avec
courage, et menée à bonne fin par l’abbé Armand.

En 1813, le chemin était classé comme route départementale ; et, comme il a été dit dans
notre précédent article, toute une région considérable, riche en forêts, en bestiaux, en
fourrages, en sources thermales et minérales, jusqu’alors isolée et comme enfermée, se
trouva dès lors en facile communication avec Quillan et le reste du département.

L’abbé Armand ne se dévoua pas avec moins d’ardeur dans d’autres circonstances ; par
exemple, lorsqu’il lutta, à la tête des habitants, pendant deux jours et deux nuits, contre un
incendie terrible qui menaçait de dévorer la belle forêt des Fanges. On lui offrit plus d’une
fois des cures importantes ; il refusa toujours, et mourut le 17 décembre 1828, dans son
modeste presbytère de Saint-Martin, entouré des témoignages du respect et de la
reconnaissance de ceux qu’il avait si bien aimés et servis.

Texte et image extraits de « Le Magasin Pittoresque » 1879.