Extrait du livre de André Marcel;  » QuillanHistoire Populaire  » En vente à l’Office de Tourisme.

 

La Chapelle ou Eglise des Pénitents blancs.

En fait, cette maison qui abtritait la Chapelle n’a pas disparu.

Située dans une maison de la rue Joseph Erminy (ancienne rue de Sault), près de la rue de la Paix (ancienne rue du Rec), la chapelle des Pénitents blancs n’était accessible que par un passage localisé rue de la Mairie (ancienne rue Petite).

Ce passage débouchait dans une cour sur laquelle donnait l’entrée de la chapelle. Si la chapelle est aujourd’hui totalement intégrée aux habitations, jusqu’en 1885, on voyait encore le clocher surmonté d’une boule et d’une croix.

Le seul vestige de cette chapelle est une pierre sculptée située sur le mur ouest de la cour intérieure. Taillée dans le grès d’Alet, cette pierre représente en son centre un cœur gravé surmonté des initiales « I.H.S. » (Iesus Hominum Salvator ; Jésus sauveur des hommes) avec en dessous la date de 1723. Le « H » de l’inscription est surmonté d’une croix entourée respectivement à gauche et à droite des initiales « P » et « R » incrustées et de couleur brique.

 L’origine de la confrérie des Pénitents blancs de Quillan remonte au XVI° siècle. Elle est antérieure à 1595, date de la plus ancienne mention connue de la Confrérie des Pénitents blancs de Quillan. La chapelle des pénitents a été la proie des flammes pendant les guerres de religion. 

Relevant directement de l’évêque d’Alet, cette confrérie avait pour patronne sainte Magdelaine. Elle avait ses statuts, sa chapelle, sa salle de réunion. Placée sous le vocable du « Saint Nom de Jésus », la chapelle, sur laquelle le curé de Quillan n’avait aucun droit, était desservie par un prieur, un sous-prieur, un sacristain, un secrétaire et un censeur.

A l’image des sociétés de secours mutuels nées au XIX° siècle, la confrérie exerçait alors à l’égard de ses membres un devoir d’assistance mutuelle ; ainsi, tout pénitent malade était veillé à tour de rôle par ses confrères. En cas de décès, le défunt, pieds nus, était revêtu de sa cagoule blanche et ceint d’une corde.

C’est au cours d’une de ses visites épiscopales effectuée en 1661 que Nicolas Pavillon donnera des statuts et un règlement à la confrérie « de messieurs les pénitents blancs de Quillan ». Composés de 31 articles, ces plus anciens statuts connus de la confrérie ont été retranscrits dans le registre de la confrérie suite à la visite épiscopale de 1767. XV En 1759, la confrérie comptait environ 150 pénitents exclusivement masculins. Majoritairement composée de Quillanais, elle comptait aussi parmi ses membres de nombreux seigneurs et prêtres de la région.

Les réunions se tenaient soit dans la chapelle, soit dans la chambre du conseil. Lors de la fête Dieu organisée par la confrérie, il n’était pas rare de voir à Quillan les musiciens de la ville de Limoux. La description de la chapelle nous est connue grâce au procès-verbal fait lors de la visite de l’évêque d’Alet, Charles de La Cropte de Chantérac, en 1767  : « La chapelle est belle, vaste, bien éclairée avec des yeux de boeuf et carrelée en brique ; la nef est séparée du sanctuaire par une balustre en bois qui sert de table pour la communion ; il y a une nappe (…) pour l’autel ; on monte à l’autel par deux marches en bois de noyer. Il y a un tabernacle qui est bien surmonté d’un couronnement en forme de tour d’un très joli travail, bien doré en dehors et doublé de soie en dedans. Les statues en relief ont besoin de quelque réparation ; il y en a une qui est mutilée d’un bras.

L’autel est à la romaine, derrière il y a un tableau enchassé dans la mur représentant un Christ ; il a besoin d’une bordure. Toute l’église est en blanc avec des cadres en relief en plâtre ; la sacristie est vaste, saine, le plafond a besoin d’être blanchi. On nous dit qu’il avait été donné à l’entreprise. Les tribunes ont besoin d’être plafonnées.

L’escalier qui monte à la tribune se trouve dans la sacristie. Il aurait besoin d’être séparé par une cloison ou d’être mis à un autre endroit pour ne pas distraire le prêtre qui s’habille. Le croissant du soleil a besoin d’être doré en dedans. Le calice est bien ; la patère est un peu bossue sur le bord ; elle a besoin de quelque réparation. L’encensoir n’est qu’en laiton et la navette aussi.

Il n’y a point de chaire à prêcher. Il y a des ornements de toutes les couleurs, le rouge a besoin de quelque réparation sur le devant où il est lacéré. Il y a deux aubes, un surplis et les petits linges nécessaires.

Il y a des purificatoires qui ne sont pas bénis. Il y a un balcon en fer qui sert de tribune devant le banc des chantres ou les personnes qui s’y placeraient pourraient arrêter le voix des chantres ou distraire ceux qui sont dans la chapelle… » 

Suite à cette visite, l’évêque d’Alet donnera une nouvelle ordonnance de 32 articles en date du 8 mai 1767 puis l’amendera au cours de sa visite du 10 avril 1768. Les revenus de la chapelle provenaient de dons et de la rémunération du frère qui portait la croix les jours saints. Les dépenses résultaient du paiement du vicaire ou du curé chargé de dire la messe et d’accompagner les processions à Couïrou et de la rémunération des musiciens sollicités les jours de fête.

C’est à l’initiative des Pénitents blancs de Quillan que sera élevée une croix au sommet de la montagne de Couïrou et que naîtra la tradition d’une procession en ce lieu. 1307 Au début de la Révolution, la Confrérie des Pénitents blancs, composée de notables, était de toutes les cérémonies. Elle bénéficiera même de la translation et de l’affectation à l’usage des fidèles du mobilier du culte provenant des deux chapelles de la Vierge de l’ancien couvent de la Hille. 

Ayant accepté dans leurs rangs des prêtres insermentés, les congrégations séculaires et les confréries ont été supprimées par la loi du 18 août 1792. Le 30 octobre suivant, le citoyen Jean Pierre Espezel, ancien trésorier de la Confrérie des Pénitents blancs de Quillan, présente les comptes de la confrérie aux membres du bureau municipal de la commune de Quillan et de Laval en vertu de l’arrêté du directoire du district faisant suite à la loi de dissolution. Sans doute, cette date marque-t-elle la fin de la Confrérie des Pénitents Blancs.

La pierre gravée sur le mur de l’ancienne chapelle.