Le château de Quillan ou château des archevêques de Narbonne.

Extrait du livre de André Marcel « Quillan Histoire Populaire »

Situé sur la rive droite de l’Aude, les ruines du château de Quillan dominent la ville. D’une superficie de 1280 m2, le château se présente sous la forme d’une enceinte carrée d’environ 29 mètres de côtés. Sur sa face est, la base du donjon couvrant une superficie d’environ 30 mètres fait saillie en dehors de l’enceinte. D’une épaisseur moyenne d’environ 2,10 mètres, les murs possèdent des parements, inégalement conservés, constitués d’assises horizontales à bossages de 38 à 50 centimètres d’épaisseur.
L’enceinte mesurait environ 15 toises (30 mètres environ) à l’intérieur de l’oeuvre pour une élévation de 40 pieds (13 mètres environ). Le donjon, dans son entier en 1793, avait une hauteur double des murs d’enceinte soit 80 pieds (26 mètres environ). Cette tour carrée avait trois étages voûtés. A l’intérieur du monument, il y avait un mur de 15 à 16 pieds (5 mètres environ) situé parallèlement au mur ouest, à une distance de 24 pieds |(8 mètres environ). A chacun de ses angles, le château disposait d’une échauguette dont les vestiges sont encore visibles. Une autre échauguette existait aussi au niveau de l’angle rentrant situé au nord de la porte du donjon.
Ces ouvrages de plan carré à angles abattus reposaient sur une série de cinq assises en encorbellement profilées en quart-de-rond et listel. Les faces nord et ouest sont percées de cinq archères, longues et rectilignes, avec un petit ébrasement carré à la base. La face ouest, dominant la ville, possède aussi deux ouvertures en plein cintre. La face sud est percée de deux archères et d’une porte d’entrée en arc brisé. La face est possède en son milieu la base du donjon avec un passage voûté en tiers-point de 3,35 mètres d’ouverture. Propriété de l’archevêque de Narbonne et de l’Eglise Saint-Just et Pasteur de Narbonne depuis au moins le VIII° siècle, Quillan était le chef lieu de la châtellenie du même nom comprenant Quillan, Coudons, Galinagues, Ginoles et Cavirac.
Usurpés au début XII° siècle par un vassal de l’archevêque de Narbonne, le château et le territoire de Quillan seront restitués à son légitime propriétaire. Redonné à titre de fief à l’usurpateur, Bernard Hugues de Quillan, il sera conservé par les descendants de la famille de Quillan au moins jusqu’au milieu du XIII° siècle. 1313
S’il est ignoré des Croisés au début de la croisade contres les Albigeois, le château de Quillan est pris par Simon de Montfort à Pâques de l’an 1216. Retourné à l’archevêque de Narbonne grâce à l’intercession du Pape, la forteresse de Quillan fait l’objet d’une convention perpétuelle de défense en 1223 entre de puissants seigneurs locaux : Bernard d’Alion, Raymond d’Aniort et Guillaume Bernard d’Albezun.
Retourné entre les mains de l’archevêque de Narbonne, le château de Quillan lui sera disputé par les officiers du roi. Le roi le lui abandonnera en 1280 moyennant la somme de trois mille livres tournois. C’est à cette époque que l’archevêque de Narbonne ne donne plus le château de Quillan à titre de fief et crée un office de châtelain. Les châtelains de Quillan cumulant les fonctions de juge de la châtellenie se succèderont jusqu’à la Révolution.
Le château actuel a été construit au début du XIVe siècle par l’archevêque Bernard de Farges.
En 1394, le château de Quillan est fortifié et muni de trois petits canons et de douze arbalètes afin de le défendre contre les Anglais. S’il est le témoin d’incursions espagnoles durant le XVIe siècle, il en est peut-être la victime au début du siècle suivant lorsqu’il est la proie des flammes.
Durant les guerres de religion, si le château de Quillan a résisté aux Calvinistes en août 1573, il serait tombé entre leurs mains à deux reprises, vers fin août et fin octobre. La plus longue occupation par les Calvinistes dure d’octobre 1575 à juin 1576.
Victime des guerres de religion et d’un défaut manifeste d’entretien, en 1628 le château de Quillan est dans un piteux état.
L’archevêque de Narbonne, Claude de Rébé, souhaite alors le remettre en état. Les travaux de remise en état des murs excavés, des planchers et des fermetures sont évalués à plus de 2300 livres. Ils ne seront vraisemblablement jamais exécutés.
Le château de Quillan n’étant pas une forteresse royale, le traité des Pyrénées de 1659 n’entraînera pas de démolition ou de démantèlement.
Symbole du pouvoir seigneurial exercé sur la ville par l’archevêque de Narbonne, ce dernier y tiendra un châtelain et juge jusqu’à la Révolution. Si certains auteurs font état d’un démantèlement du château en 1735, tout au plus faut-il y voir le départ du châtelain et juge pour quelque riche demeure de la ville certainement plus confortable. Un des châtelains habitait même à Limoux et n’était représenté à Quillan que par son lieutenant.
En tout état de cause, le château de Quillan n’a pas servi de carrière de pierres avant la Révolution. A la Révolution, le château de Quillan arborait encore fièrement au-dessus de la ville sa majestueuse tour porte et ses remparts. En 1791, en état de vétusté, le château abrite les prisons de la châtellenie.
Les révolutionnaires voient alors en ses murs une réserve de pierres de taille calcinées par le temps et les frimas, et dans le grillage de ses fenêtres une réserve de fer. En raison de la guerre avec l’Espagne, l’assemblée générale du District de Quillan envisage en 1793 d’abattre les murs de la façade occidentale pour combler l’intérieur et l’aménager en plate-forme pour accueillir des canons destinés à défendre la ville.
Adjugé à Thomas Marre pour être faits le plus rapidement possible, les travaux ne sont que partiellement réalisés. Cette même année, le donjon du château est transformé en poudrière de la place de Quillan, commandée par le citoyen Mones.
Fin 1794, le district veut y effectuer des travaux pour en faire son dépôt de poudre. En novembre 1805, le château de Quillan est vendu par adjudication à Thomas Marre pour la somme de 350 francs. Malgré les projets d’arasement projetés pendant la Révolution, le donjon ne sera abattu qu’au début du XIX° siècle. « Aux premiers soleils de 1830 », il ne reste plus du château « que les quatre murs de l’enceinte » tandis que « le préau se métamorphosa en potager et la muraille de l’ouest en pigeonnier ». Les pierres ainsi récupérées seront utilisées à la construction d’une usine à Belvianes. Les traditions qui veulent que le pont ou l’église aient été construits avec les pierres du château ne sont donc que pure affabulation. Suite à la liquidation de la succession de Joseph Rouyre, le « vieux château » de Quillan et ses dépendances seront vendus aux enchères publiques devant le tribunal de Limoux le 20 avril 1950.
C’est la ville qui s’en rend adjudicataire moyennant 50100 francs plus les dépens. Ainsi devenu propriété de la ville, le château accueillera dans sa cour un réservoir d’eau potable et deviendra même une fourrière pour animaux. Il est devenu le cadre annuel des feux d’artifice de la ville. Après de nombreux projets de restauration, des campagnes de réhabilitation annuelles sont réalisées depuis quelques années. Le château de Quillan est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 24 avril 1954.